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Sous-traitance : ce que la loi de 1975 impose à l'opérateur

L'entreprise que l'opérateur a choisie fait intervenir un plaquiste, un électricien, un couvreur qu'il n'a jamais vus. Tant que tout le monde est payé, personne n'y pense. Le jour où l'entreprise principale défaille, la loi du 31 décembre 1975 se rappelle au maître d'ouvrage — et peut l'amener à payer deux fois les mêmes travaux.

Une chaîne métallique lumineuse relie un chantier à un contrat et à un casque de construction.
À visée informative

Ce guide présente des principes généraux à visée informative. Il ne constitue ni un conseil juridique, fiscal, comptable ou financier, ni une consultation. Toute décision sur une opération doit être validée par les professionnels compétents : avocat, notaire, expert-comptable, conseil en gestion de patrimoine, géomètre, assureur.

Ce qu'est la sous-traitance au sens de la loi

Il y a sous-traitance lorsqu'une entreprise, titulaire d'un marché avec le maître d'ouvrage, confie à une autre entreprise l'exécution de tout ou partie de ce marché. La loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 organise la protection du sous-traitant, qui n'a pas de contrat avec le maître d'ouvrage mais travaille sur son ouvrage.

Elle s'applique aux marchés privés comme publics. Pour un opérateur, maître d'ouvrage professionnel, elle s'applique pleinement.

Les trois obligations de l'entreprise principale

  1. Faire accepter chaque sous-traitant par le maître d'ouvrage, à la conclusion du marché ou en cours de chantier.
  2. Faire agréer ses conditions de paiement : montant, délais, modalités.
  3. Garantir le paiement du sous-traitant, en marché privé, soit par une caution personnelle et solidaire d'un établissement qualifié, soit par une délégation de paiement du maître d'ouvrage.

Les sanctions diffèrent selon l'obligation manquée. À défaut d'acceptation et d'agrément, l'entreprise principale reste tenue envers le sous-traitant mais ne peut pas lui opposer le sous-traité. À défaut de caution ou de délégation de paiement, le sous-traité est nul, et le sous-traitant peut invoquer cette nullité.

Les obligations du maître d'ouvrage

La loi ne se contente pas d'obliger l'entreprise principale. Pour les travaux de bâtiment, elle impose au maître d'ouvrage d'agir lorsqu'il a connaissance d'un sous-traitant sur le chantier :

  • si le sous-traitant n'a pas été présenté, mettre en demeure l'entreprise principale de s'acquitter de ses obligations ;
  • si le sous-traitant a été accepté, exiger la justification de la caution, à défaut de délégation de paiement.
Un maître d'ouvrage qui voit un sous-traitant sur son chantier et ne fait rien engage sa propre responsabilité envers lui.

C'est là que se trouve le risque financier : si l'entreprise principale disparaît sans payer ses sous-traitants, ceux-ci peuvent rechercher la responsabilité du maître d'ouvrage qui n'a pas rempli ses obligations. Il peut alors devoir payer des travaux qu'il avait déjà réglés à l'entreprise principale.

La loi exclut de ce dispositif la personne physique qui fait construire un logement pour l'occuper elle-même ou le faire occuper par sa famille. Un opérateur n'est pas dans ce cas.

L'action directe

Le sous-traitant accepté et dont les conditions de paiement ont été agréées dispose d'une action directe contre le maître d'ouvrage si l'entreprise principale ne le paie pas, un mois après mise en demeure. Le maître d'ouvrage n'est tenu que dans la limite de ce qu'il doit encore à l'entreprise principale à la date de réception de la copie de cette mise en demeure.

Conséquence pratique : ne pas payer d'avance l'entreprise principale au-delà de l'avancement réel, et conserver une trace de chaque paiement et de sa date.

Les autres vérifications du donneur d'ordre

  • L'obligation de vigilance : pour tout contrat d'au moins 5 000 € HT, le donneur d'ordre doit obtenir de son cocontractant, à la signature puis tous les six mois, l'attestation de vigilance de l'Urssaf et un extrait d'immatriculation.
  • L'assurance décennale de chaque entreprise, sous-traitants compris, pour les activités réellement exercées.
  • La TVA : en sous-traitance de travaux de bâtiment, le sous-traitant facture en principe hors taxe l'entreprise principale, qui autoliquide la TVA. Cette règle concerne la relation entre l'entreprise principale et son sous-traitant, pas la facture adressée au maître d'ouvrage.

Le dossier sous-traitance à tenir, par entreprise

Déclaration du sous-traitantIdentité, prestations, montant, date
Acceptation et agrémentSignés par le maître d'ouvrage
Garantie de paiementCaution ou délégation de paiement
VigilanceAttestation Urssaf et Kbis, renouvelés tous les six mois
AssuranceAttestation décennale couvrant l'activité
PaiementsDates et montants versés à l'entreprise principale

Côté prestataire : se protéger quand on est sous-traitant

Pour le sous-traitant, la règle est symétrique : demander à être présenté au maître d'ouvrage et à obtenir l'agrément de ses conditions de paiement avant de commencer, et exiger la caution ou la délégation. Un sous-traitant non déclaré perd l'essentiel de ses protections le jour où l'entreprise principale ne paie plus.

Trois réflexes

  • Écrire dans chaque marché que toute sous-traitance est soumise à acceptation préalable, et demander la liste des sous-traitants prévus dès la signature.
  • Tenir le dossier sous-traitance entreprise par entreprise, et le mettre à jour à chaque nouvel intervenant sur le chantier.
  • Régler l'entreprise principale à l'avancement constaté, jamais en avance.

Ce guide présente les principes de la loi du 31 décembre 1975 et des obligations de vigilance. Il ne constitue pas un conseil juridique : l'application à un chantier donné, notamment en cas de défaillance d'une entreprise, doit être examinée avec un avocat.

Les questions qui reviennent

Le maître d'ouvrage peut-il refuser un sous-traitant ?

Oui. L'acceptation n'est pas automatique : le maître d'ouvrage peut refuser un sous-traitant, par exemple faute d'assurance adaptée ou de références. Il doit en revanche se prononcer : laisser un sous-traitant travailler sans réagir est la pire des options.

Que risque le maître d'ouvrage si un sous-traitant n'a pas été déclaré ?

S'il avait connaissance de sa présence et n'a pas mis l'entreprise principale en demeure de régulariser, il peut être condamné à indemniser le sous-traitant impayé, y compris pour des travaux déjà payés à l'entreprise principale.

Qu'est-ce qu'une délégation de paiement ?

C'est un accord par lequel le maître d'ouvrage s'engage à payer directement le sous-traitant pour les prestations de celui-ci, en déduction de ce qu'il doit à l'entreprise principale. Elle remplace la caution en marché privé.

L'obligation de vigilance vaut-elle pour un artisan en direct ?

Oui, dès lors que le contrat atteint 5 000 € HT : le maître d'ouvrage professionnel doit obtenir l'attestation de vigilance de chaque cocontractant, à la signature et tous les six mois jusqu'à la fin de l'exécution.

Le regard du terrain

Guillaume Rychner

Fondateur d'AOI Network — Marchand de biens et promoteur en Île-de-France depuis plus de 10 ans.

Avertissement. Ce guide est publié par AOI Network à titre d'information générale, à destination des professionnels de l’immobilier. Il reflète l'état des règles et des pratiques à la date indiquée en tête de ce guide ; les textes, la jurisprudence et la doctrine administrative peuvent avoir évolué depuis. Il ne constitue ni un conseil juridique, fiscal, comptable ou financier, ni une consultation au sens de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971, et ne remplace pas l'analyse d'un professionnel. Chaque opération étant particulière, toute question juridique, fiscale, comptable ou technique doit être tranchée par les professionnels compétents (avocat, notaire, expert-comptable, conseil en gestion de patrimoine, géomètre-expert, assureur…). AOI Network ne saurait être tenue responsable des décisions prises sur la seule base de ce document.

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